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Obstetrica 3/2025: Le projet de naissance, un outil pour communiquer autour de l’accouchement

Pour préparer l’accouchement, il est possible d’écrire ce que l’on appelle un «projet» ou «plan de naissance». Il s’agit d’un court texte écrit par les parents pour faire part à l’équipe présente le jour J de ce qui est important pour eux – que ce soit d’un point de vue médical ou plus personnel. Mais il n’est pas toujours évident de savoir quoi y écrire et quelle en est l’utilité pour les équipes de la maternité. Mise au point avec des (futurs) parents, des sages-femmes et une spécialiste de la communication auprès des patient·e·s.

Donner la parole aux femmes

«Moi, mon projet, c’est ʺpas de douleur!ʺ» lance Nadia, présente ce lundi soir d’avril à L’Arcade Sages-Femmes pour assister à une séance d’information sur le projet de naissance. Cette association organise à Genève des séances consacrées au projet de naissance depuis près de 20 ans dans le cadre de ses missions de santé publique. Chaque mois, les futurs parents de Genève et environs sont donc invités à cette séance gratuite, pour en savoir plus sur le projet de naissance.

Outil né dans les années 1980 aux Etats-unis, dans la lignée du mouvement d’émancipation des femmes, pour donner une voix aux femmes qui accouchaient, «le projet de naissance a été considéré comme un outil permettant aux femmes de s’exprimer au sein d’un milieu très médicalisé, où peu d’espace était donné à la parole à cette époque», explique Anne-Sylvie Diezi. Spécialiste en communication et information patient au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois, elle mène actuellement un projet de recherche participative avec des professionel·le·s et des parents pour créer un plan de naissance qui réponde à leurs besoins.

Marge de manoeuvre

Mais justement, si l’on n’est ni médecin ni sage-femme, ou si l’on n’a encore jamais accouché, comment savoir ce que l’on souhaite pour son accouchement, et ce qu’il faut écrire dans un projet de naissance? A quoi sert-il vraiment? Et si l’on n’est pas à l’aise avec le milieu médical, la communication écrite ou même avec la langue française, comment faire? Et même… est-il absolument essentiel d’écrire un projet de naissance?

Anne Diezi l’a observé au fil de ses recherches: les parents disent effectivement qu’ils ne savent pas vraiment ce qu’ils doivent inscrire dans leur projet de naissance. «Ils souhaiteraient avoir un outil cadré, qui indiquerait les différents possibles et les choix qu’ils peuvent avoir à faire le jour J. Finalement, ils ont besoin de plus de clarification par rapport à la marge de manœuvre qu’ils pourraient avoir sur la prise en charge de l’accouchement, et ils sont plutôt confiants dans l’équipe médicale et soignante.»

Ecueils et malentendus

Retour à l’Arcade Sages-Femmes. Ce lundi, c’est Sarah Imesch Burkhardt, sage-femme, qui anime la séance. Elle laisse la parole circuler librement parmi les 7 femmes et 2 hommes présent·e·s. Tous vont devenir parents pour la première fois, sauf Florence, qui entame son 9e mois de grossesse. Elle n’avait pas fait de projet de naissance pour son premier accouchement il y a 3 ans: «Même si je suis très renseignée sur la naissance – via des lectures, des podcasts ou des professionnel·le·s que je suis sur des réseaux sociaux -, je ne voulais pas fixer des attentes sur papier et risquer d’être déçue. Je ne suis pas sûre d’en faire un cette fois-ci non plus d’ailleurs!».

Et en effet, le terme de «projet de naissance» pourrait donner l’impression de mettre en place une certaine planification ou un scénario pré-établi – alors qu’un accouchement se passe rarement comme on l’avait imaginé. Florence en a bien conscience et a choisi de se laisser porter, en confiance avec les professionel·le·s – sans regrets pour son premier accouchement.

Autre écueil possible: que les souhaits qui y sont inscrits soient incompatibles avec les protocoles du lieu d’accouchement. Il arrive que ceci constitue d’ailleurs un malentendu ou des crispations avec les équipes de salle de naissance – soit que les demandes fassent déjà partie des pratiques en cours, soit qu’elles semblent hors du cadre. D’où l’intérêt, peut-être, de préparer son éventuel projet de naissance avec une sage-femme qui connaisse le fonctionnement des maternités du secteur. C’est le cas de Sarah Imesch Burkhardt, à L’Arcade Sages-Femmes, qui a travaillé à la salle d’accouchement des Hôpitaux Universitaires de Genève jusqu’à récemment. Elle en connaît bien le fonctionnement, ce qui lui permet de guider les parents dans leurs questionnements et leurs projections.

Qu’écrire dans un projet de naissance?

La sage-femme propose de multiples pistes à explorer pour élaborer son projet de naissance. Premier conseil: «écrire ce qu’il semble important de faire savoir à la sage-femme le jour J».

Eléments personnels

Par exemple, des éléments de sa propre histoire de vie qui pourraient avoir une résonnance à ce moment-là. Ou bien l’importance de certains rituels autour de la naissance, qu’ils soient personnels, culturels ou religieux. On peut également y inscrire ses souhaits pour personnaliser l’environnement de la salle de naissance et de s’approprier ce moment: lumière tamisée, musique, vêtements personnels, etc. Le projet de naissance est aussi un moyen pour les parents de se présenter succinctement aux équipes qu’ils n’ont jamais rencontrées auparavant. Comme pour «faire connaissance», en quelque sorte.

Eléments médicaux

Côté médical, présenter en quelques points les éléments importants pour soi, autour des actes (épisotomie, forcepts, etc.) ou des protocoles (pause de voie centrale systématique, CTG en continu, fréquence des examens vaginaux, etc.), ou encore la volonté d’accoucher sans péridurale et/ou d’avoir recours à des moyens alternatifs de gérer la douleur – de quoi apporter quelques réponses à Nadia qui, comme la plupart des parents présents à la soirée d’information de l’Arcade Sages-Femmes, ne les connaissait pas encore, et les note donc avec intérêt.

Le plan de naissance permet aussi de prévenir l’équipe médicale et soignante de phobies ou angoisses particulières. Laetitia, présente aussi ce soir-là à l’Arcade, a la phobie des piqures: un élément important à noter si elle fait un plan de naissance, lui indique Sarah Imesch Burkhardt. Enfin, le nombre de personnes présentes en salle d’accouchement peut aussi faire l’objet d’un point du plan de naissance.

Partenaires

Côté partenaires, Sarah Imesch Burkhardt suggère: «On peut réfléchir à si l’on ne souhaite rien voir de l’accouchement, ou au contraire toucher la tête au moment où elle sort, par exemple! En fait, c’est l’occasion de réfléchir à la place que l’on souhaite avoir pendant ce moment.» Pour la préparation du projet de naissance, elle recommande aux couples de cheminer individuellement et de noter les principaux éléments importants chacun de son côté, puis de comparer. Un bon moyen de se projeter ensemble et d’avoir une base «concrète» pour échanger.

Communication et information en salle de naissance

Concernant les différents gestes pratiqués lors de l’accouchement, la sage-femme de l’Arcade invite les parents à faire valoir leurs doits concernant la communication en salle de naissance: «Souvent, ce qui est important, c’est de savoir pourquoi la sage-femme ou le médecin le fait. Si vous n’avez pas entendu ou pas compris, faites-les répéter.» Il est d’ailleurs possible d’écrire dans son plan de naissance si on a besoin d’explications systématiques ou régulières, conseille Anne-Sylvie Diezi.

Après la séance d’information, Florence qui avait accouché une première fois sans projet de naissance, ne projette toujours pas de coucher ses désirs sur papier – toujours dans l’idée de se laisser porter. Mais elle retient qu’on peut questionner ou demander à être plus informée des gestes effectués. Une posture qui ne va toutefois pas forcément de soi pour tous les futurs parents.

Limites de l’exercice 

En effet, questionner des professionnel·le·s de santé ou oser leur faire part de nos souhaits est loin d’être évident, car ils et elles font encore très souvent figures d’autorité dans notre société – spécifiquement dans un moment de vulnérabilité tel que l’accouchement. Et si le projet de naissance peut contribuer à poser une base de discussion, encore faut-il pouvoir assumer un tel positionnement, ce qui n’est pas simple – encore moins quand on ne parle pas la langue ou si l’on n’est pas à l’aise avec l’écrit.

Le projet de naissance serait donc «un luxe» non accessible à la totalité des parents? «Tout à fait, et c’est lié en partie au fait qu’il n’est pas systématisé et peu accompagné», analyse Anne-Sylvie Diezi. Même s’il est proposé par de plus en plus d’institutions, il reste en effet aujourd’hui encore souvent le fruit d’une initiative propre à chacun·e, à défendre individuellement aussi.

Dossier de transmission

C’est pour rendre cet outil accessible à tou·te·s que le conseil en périnatalité de la Fondation PROFA (Vaud) inclut le projet de naissance dans ses  entretiens de grossesse proposés par des sages-femmes  conseillères. «Cette consultation est ouverte à tous les couples qui le souhaitent, sur tout le canton de Vaud. J’exerce au Centre PROFA de Morges et la maternité de Morges», explique Liza Henin, sage-femme conseillère à PROFA depuis 15 ans. «Nous sommes un binôme sage-femme conseillère et assistante sociale en périnatalité, qui proposent écoute et apportent des réponses adaptées en fonction des besoins de chaque famille. Nous rédigeons avec le couple ou la femme un document périnatal de transmission qui sera adressé à la maternité choisie. Dans ce document, une partie concerne les  souhaits/appréhensions des futurs parents pour l’accouchement.» Ainsi, le plan de naissance – même s’il n’est pas nommé ainsi – est discuté en amont de l’accouchement avec une sage-femme conseillère et transmis informatiquement à la maternité  dans le dossier de la patiente. «Poser la question aux femmes ou aux couples de leurs besoins pour l’accouchement permet non seulement de leur apporter des informations, mais aussi d’ouvrir les projections et la réflexion en amont!», souligne Liza Henin avec enthousiasme. Une formule à la fois personnalisée et accompagnée par une professionnelle – qui note les éléments importants à transmettre, en concertation avec la femme ou le couple.

Anticiper

Discuter de ce plan de naissance en amont de l’accouchement lors d’une consultation de fin de grossesse au sein du lieu de l’accouchement – c’est aussi la recommandation de Sarah Imesch Burkhardt, de l’Arcade Sages-Femmes: «Dans votre plan de naissance, faites court – n’oubliez pas que vous pourrez aussi faire connaissance avec votre sage-femme pendant l’accouchement! – et apportez ce document lors de la consultation de fin de grossesse à la maternité. Là, vous en parlerez avec le ou la professionnel·le·s qui vous recevra, vous pourrez discuter des points importants pour vous et du protocole de la maternité. Une copie de votre projet de naissance sera faite et intégrée à votre dossier – mais apportez le document sur place le jour de votre accouchement.» Le jour J, le·la partenaire qui aura été inclus en amont peut contribuer à porter le projet vis-à-vis des professionnel·le·s.

Ouvrir la discussion

La sage-femme prévient aussi: «Il faut savoir aussi que certains points sont plus difficilement négociables selon l’évolution de l’accouchement (d’où l’importance d’en avoir parlé en amont, pour être au clair avec les équipes sur les prises de décision).»

Les recherches d’Anne-Sylvie Diezi le confirment: «Nos résultats montrent que, oui, il y a ce document du plan de naissance, mais c’est en fait tout le processus en amont qui est intéressant!» D’une part, le processus de réflexion personnel ou en couple, pour «imaginer comment on envisage ce qu’il va se passer, comment on se prépare à l’inconnu, à l’invisible». D’autre part, formaliser ce processsus ouvre aussi la discussion, en offrant aux futurs parents «un espace pour s’exprimer». Pour elle, c’est évident: il y aurait un bénéfice à ouvrir la discussion en amont de l’accouchement, pour éviter d’éventuels conflits le moment venu.

Car, on le rappelle, personne ne peut prédire l’issue d’un accouchement – mais au fond, avoir été entendu·e dans ses souhaits et être assuré·e que la communication reste ouverte, n’est-ce pas là l’enjeu principal? 

Jeanne Rey, rédactrice Obstetrica

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