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Obstetrica 4/2025: Atelier sur la détection précoce de la détresse psychologique

Lors du dernier Congrès suisse des sages-femmes, Christina Diebold, cheffe d’équipe en maternité et conseillère rédactionnelle pour Obstetrica, a assisté à l’atelier sur la détection précoce de la détresse psychologique. Peu après, elle a elle-même été confrontée à une situation difficile dans le cadre professionnel et a pu constater combien les connaissances transmises lors de l’atelier peuvent être précieuses et utiles pour aider les personnes concernées.

Lorsque j’ai choisi de participer à l’atelier «Premiers secours pour la santé mentale» lors du Congrès suisse des sages-femmes 2025, je ne connaissais pas le projet ensa de la fondation suisse Pro Mente Sana (voir encadré). Le contenu de l’atelier – notamment le fait qu’il propose un outil concret pour s’adresser aux personnes en détresse psychique – a suscité mon intérêt.

ensa Premiers secours pour la santé mentale

ensa est la version suisse du programme australien Mental Health First Aid et propose depuis 2019 des cours de premiers secours pour la santé mentale. Le projet est placé sous la responsabilité de la fondation Pro Mente Sana et s’adresse aux particuliers ainsi qu’aux organisations, afin de détecter précocement les problèmes psychiques et d’apporter un soutien compétent aux personnes concernées.

ensa – Premiers secours pour la santé mentale 

L’obstétrique: un domaine exigeant du point de vue émotionnel

En tant que cheffe d’équipe en maternité, je suis régulièrement confrontée à des collaboratrices qui traversent une détresse psychique. De surcroît, le domaine de l’obstétrique implique en soi de nombreuses situations émotionnellement éprouvantes et exigeantes pour l’état mental.

Dans notre maternité, les femmes enceintes et en post-partum (jusqu’à six semaines après l’accouchement) reçoivent un questionnaire pour évaluer leur santé psychique. Nous utilisons à cet effet l’«Edinburgh Postnatal Depression Scale» (EPDS), outil de dépistage éprouvé permettant la détection précoce de troubles psychiques potentiels. Si le score EPDS est inquiétant, je contacte personnellement la femme concernée par téléphone, et, si une analyse plus approfondie est nécessaire, je l’oriente vers des professionnel·le·s compétents – par exemple un service psychologique ou psychiatrique.

Omniprésence des troubles psychiques

En début d’atelier, l’animatrice Gaby Beer (voir encadré ci-dessous) a posé une question simple: «Qui parmi vous a déjà dû prodiguer les premiers secours dans sa vie quotidienne?» Seule une participante sur une quarantaine a levé la main. Puis elle a continué: «Et qui connaît une personne qui a ou a eu des problèmes psychiques?» – toutes les mains se sont levées. Un moment parlant, mettant en évidence l’omniprésence des maladies psychiques. Il est alors apparu clairement que des connaissances en matière de premiers secours dans le domaine de la santé psychique sont nécessaires de toute urgence.

Signes possibles

Suite à cette question, nous avons été invité·e·s à discuter avec la personne assise à côté de nous de la définition même d’une maladie psychique ou de la manière dont elle se manifeste au quotidien. Nous sommes rapidement tombé·e·s d’accord sur le fait que la caractéristique centrale est un changement perceptible chez la personne, par exemple une personne extravertie devient soudainement silencieuse et se retire ou une personne habituellement plutôt calme devient inhabituellement bruyante.

«Une maladie psychique se manifeste par une modification des sentiments, des pensées et du comportement, affecte la capacité relationnelle ainsi que la gestion du quotidien et est liée à une souffrance considérable pour les personnes concernées», a souligné l’instructrice ensa Gaby Beer, expliquant quels facteurs peuvent contribuer au développement des maladies psychiques. Outre le métabolisme et les influences hormonales, les prédispositions génétiques jouent un rôle. Des caractéristiques personnelles telles que la vulnérabilité et l’empathie, l’éducation reçue et les influences de la petite enfance sont également déterminantes.

La période périnatale, une phase décisive

En tant que sages-femmes, nous le savons, la grossesse et la naissance sont des phases de vie qui, hormis la joie, entraînent des situations émotionnelles exceptionnelles: le stress, la peur et la douleur en font souvent partie. Durant cette période, les femmes sont particulièrement vulnérables à la détresse psychologique. L’atelier a montré de manière impressionnante combien il est important de reconnaître à temps la détresse psychique chez les patientes, les proches et dans l’équipe, d’aborder activement les personnes concernées et de leur proposer rapidement de l’aide.

Beer a présenté le modèle ROGER comme instrument pratique (voir tableau ci-dessous). Il offre une aide structurée pour la procédure à suivre face à des personnes ayant vécu une expérience éprouvante.

Que faire si une personne refuse notre aide?

Il est impossible de prévoir comment une personne réagira à l’aide qui lui est proposée. Que faire en tant que professionnel·le lorsqu’une personne concernée ne veut pas accepter d’aide? L’animatrice de l’atelier, a déterminé une attitude claire à ce sujet: dans un premier temps, il s’agit de chercher le dialogue. Mais si la personne refuse, il faut l’accepter. Néanmoins, comme l’a expliqué Gaby Beer, il vaut la peine de demander les raisons et de continuer à encourager la personne à demander de l’aide. Il est également recommandé de rester en contact avec elle. «Les appels moraux ou les menaces n’ont pas leur place», a déclaré Gaby Beer avant d’ajouter: «En revanche, des informations fiables sont utiles. En cas de symptômes graves, il peut être nécessaire d’organiser un soutien, même contre la volonté de la personne concernée.»

J’ai quitté l’atelier avec le sentiment d’en avoir appris davantage, malgré les connaissances que j’avais déjà sur la santé mentale; le modèle ROGER, notamment, était nouveau pour moi et j’ai trouvé les impulsions supplémentaires extrêmement précieuses.

R O G E R
Réagir: s’adresser à la personne concernée, rester présent, permettre le Récit Avec Ouverture: écouter sans juger Donner (geben, en allemand) du soutien et de l’information  Encourager à consulter un·e professionnel·le réactiver des Ressources

Vivre la théorie au quotidien

De retour à mon travail, j’ai vécu peu après une situation obstétricale qui m’a fortement ébranlée. Soudain, je me suis retrouvée de l’autre côté – celui de la collaboratrice psychiquement éprouvée. Les contenus de l’atelier me semblaient soudain bien lointains. Je me demandais plutôt comment je pourrais un jour retrouver mon quotidien ou si je pourrais un jour retravailler sans fondre en larmes en pensant à ce que j’avais vécu.

ROGER: Les R et O du modèle

Et puis il s’est produit dont nous avions parlé pendant l’atelier: des collègues m’ont parlé, m’ont écrit des messages, m’ont prise dans leurs bras. Chacun de ces signes était comme un pansement posé sur une plaie ouverte. Si l’on se réfère au modèle ROGER appris lors de l’atelier, mes collègues ont appliqué le R dans la pratique – il symbolise le fait de «donner de l’espace au Récit». Pour moi, cela signifiait que je pouvais raconter, même si c’était toujours la même chose. Raconter m’a fait du bien. Personne n’a commenté ou évalué mes déclarations, mes collègues m’ont simplement écoutée. Elles appliquaient ainsi en quelque sorte le O du modèle ROGER: «avec Ouverture, écouter sans juger». Grâce à ces répétitions, je suis parvenue peu à peu à classer moi-même ce qui s’était passé et à retrouver le chemin de la vie quotidienne.

Personnellement, le contact avec l’équipe m’a aidée dans cette période difficile. En revanche, une autre collaboratrice concernée avait surtout besoin du calme de son foyer. Je suis reconnaissante que nous ayons toutes deux pu décider nous-mêmes de ce qui nous aidait le plus à ce moment-là. Pour moi, le R et le O de ROGER ont suffi pour reprendre petit à petit pied dans le métier, sans pour autant refouler ce que j’avais vécu. Il est rassurant de savoir que le modèle ROGER comprend également les étapes G (donner de l’information, geben en allemand), E (encourager à consulter un·e professionnel·le) et R (réactiver des ressources) – mais pour le moment, les deux premières m’ont suffi.

Article traduit de l’allemand par Jeanne Rey. 

Christina Diebold, sage-femme clinicienne, MAS, hôpital cantonal de Lucerne. Conseillère rédactionnelle Obstetrica. 

Gaby Beer, animatrice de l’atelier
L’animatrice de l’atelier Gaby Beer, instructrice ensa et conseillère psychosociale, a travaillé auparavant comme spécialiste en anesthésie dans un hôpital. Elle a souvent été confrontée à des situations stressantes, notamment dans le domaine de l’obstétrique. Ces expériences lui ont permis de développer un contact étroit avec les sages-femmes. Aujourd’hui, elle enseigne le module optionnel «Premiers secours pour la détresse psychique» aux sages-femmes en formation à la Zürcher Hochschule für angewandte Wissenschaften.

 

 

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