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Violence envers les femmes et les enfants: compte rendu du bloc 1 du congrès 2024

Le premier bloc du Congrès suisse des sages-femmes 2024, consacré à la violence envers les femmes et les enfants, a accueilli les interventions de Barbara Bass, gynécologue (médecin cheffe), hôpital Triemli, Stéphanie Reichenbach Milone, juriste et responsable de projet à l’Office cantonal de l’égalité et de la famille (Valais), et Jacqueline Sidler, responsable des programmes et membre de la direction de Protection de l’enfance Suisse. Un tour d’horizon interprofessionnel, d’utilité publique.

 

Etat des lieux

Les trois intervenantes, avec un rappel des chiffres (voir ci-dessous), ont à la fois alerté sur l’ampleur du phénomène et ses risques sur la grossesse, la naissance, et le futur des enfants et des femmes – principales victimes des violences intra-familiales. «L’enfant est toujours victime de la violence domestique, même s’il n’est pas visé directement», souligne Jacqueline Sidler. Outre les conséquences sur son développement, c’est aussi le risque de répétition qui est inquiétant: «Le schéma que les enfants apprennent lors de l’enfance va aussi être présent plus tard, jusqu’à l’âge adulte – où il vont alors eux aussi exercer ou subir de la violence».

Violence envers les femmes et les enfants: les chiffres

Quelques chiffres tirés des interventions du bloc consacré à cette thématique (la plupart ont pour source les statistiques de police pour 2023):

  • 20 000 infractions enregistrées liées à de la violence domestique;
  • 70 % des victimes sont des femmes;
  • Environ la moitié des homicides sont liés à la violence domestique. Toutes les 2 semaines, une femme meurt en raison de violence domestique;
  • Une femme sur cinq subit dans sa vie des violences physiques ou sexuelles dans sa vie de couple, et 40 % des violences psychologiques;
  • 10 à 30 % des enfants vont vivre dans leur enfance la violence au sein du couple de leurs parents. Dans plus de 50 % des cas d’intervention de la police pour violence domestique, des enfants étaient concernés.

 

Les différentes formes de violence

D’emblée, Stéphanie Reichenbach Milone précise clairement comment distinguer conflit et violence dans le couple: le conflit implique de rester dans un rapport égalitaire. La violence au contraire est une prise de pouvoir sur l’autre, qui nourrit peur et sentiment de culpabilité – c’est aussi lui couper la possibilité de négocier.

A noter également, la nature et la forme des violences peuvent être diverses et sont loin d’être reflétées par les statistiques de la police – qui ne sont que «la partie émergée de l’iceberg», souligne-t-elle. «La violence psychique, sociale et économique; un comportement contrôlant, allant jusqu’au stalking; le fait d’empêcher sa partenaire d’avoir un contact libre avec sa famille ou ses amis – ce sont aussi des formes de violence que les femmes ne reconnaissent pas toujours comme telles à première vue», détaille Barbara Bass (voir aussi encart en fin d’article). D’où l’importance de la formation continue dans ce domaine.

 

Dépister le plus précocement possible

Les intervenantes du bloc l’ont toutes trois évoqué, la sage-femme a une position privilégiée pour assurer le dépistage: elle est au plus près des familles, peut tisser une relation de confiance, et intervient à une période où les équilibres se recréent et où la parole peut émerger (voir aussi Djabri-Vanhooydonk, S. (2023). Protection de l’enfant, le rôle clé des professionnel∙le∙s. Obstetrica; 11).

Quelques aides au dépistage:

  • Poser la question de dépistage quand on a établi une relation de confiance, et en l’absence du∙de la partenaire. Barbara Bass ajoute: ne jamais avoir recours à la traduction par une personne de la vie de la femme, mais recourir à un∙e interprète communautaire professionnel∙le.
  • Red flags («drapeaux rouges») – symptômes non spécifiques mais très évocateurs si combinés: agitation, sursaut, anxiété, troubles alimentaires, douleur chronique, fatigue chronique. Symptômes gynécologiques: douleurs chroniques, problèmes sexuels, douleur dans le ventre. Si l’on observe plusieurs de ces symptômes, on peut en parler directement à la femme, conseille Barbara Bass: «Plusieurs de ces symptômes correspondent à de la violence domestique, est-ce que c’est le cas pour vous?»
  • Signes à observer ou questions indirectes possibles autour de la relation de couple, de l’organisation de la reprise du travail, de la contraception, de la santé et des loisirs, de la présence et des contacts avec les proches ou ami∙e∙s. Les questions peuvent ensuite se resserer: «Y a-t-il la possibilité de négocier? Souhaitez-vous que cela change?», suggère Stéphanie Reichenbach Milone.
  • Accompagner la réflexion de la femme pour reconnaître les situations de violence (par exemple utiliser le violentomètre ou la Love boussole).
  • Souligner le droit à la confidentialité, en fait rarement connu des femmes.

 

Que faire?

Barbara Bass prévient «Les femmes ne sont pas forcément reconnaissantes quand on trouve ce qui se passe, c’est difficile!», d’autant qu’elles peuvent se trouver dans des conflits d’ambivalence. Le positionnement recommandé par les trois intervenantes: écouter, ne pas juger les personnes ni vouloir opérer un changement immédiat, donner l’information et les contacts spécialisés pour orienter vers d’autres formes de soutien – et être transparent∙e. Et, pour Stéphanie Reichenbach Milone: se positionner clairement contre la violence, mais en soutien à la famille, pour accompagner un changement.

 

Documenter les faits

Le∙la professionnelle doit également demander à la femme si elle veut documenter ce qu’elle dit. Dre Barbara Bass recommande: noter le plus de choses possibles sur papier, séparément au dossier médical où cela est mentionné succinctement – ce qui n’empêche pas de communiquer au sein de l’équipe: «ne pas trop écrire, mais dire beaucoup»). Et réfléchir au sein de l’institution au lieu où seront conservés ces écrits, afin que la femme puisse y avoir accès en cas de plainte ultérieure, même plusieurs mois ou années plus tard.

 

Ressources et contacts

Stéphanie Reichenbach Milone rappelle qu’à court terme, la police est un contact à indiquer à une femme qui rentre chez elle. Les centres LAVI d’aide aux victimes, qui existent dans chaque canton, peuvent guider et informer les femmes – une aide confidentielle et gratuite, sans obligation de contacter la police. La juriste souligne enfin l’existence d’institutions qui accompagnent les auteur∙rice∙s de violence.

«Les situations de mise en danger sont souvent une zone grise», reconnaît par ailleurs Jacqueline Sidler. Dans ces situations, «il faut connaître votre mandat, savoir quand déléguer, et connaître les institutions spécialisées, comme l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte». Elle précise: depuis 2019, le secret professionnel peut être levé pour faire un signalement dans les cas où l’enfant est en danger: «Il faut simplement le faire – mais vous avez l’obligation d’être transparent∙e avec les parents.»

A noter: la prochaine édition d’octobre d’Obstetrica (édition principale de l’année) sera consacrée à ce thème.  A retrouver à sa parution ici. 

Jeanne Rey, rédactrice Obstetrica

 

Contrôle coercitif

Marc Antoine La Torre, directeur association du Foyer Arabelle (Genève), a animé un atelier lors du congrès et a lui aussi mis l’accent sur les différentes formes de violence. Soulignant les difficultés d’accompagner ces situations qui concernent principalement des femmes – même si les hommes victimes auraient besoin d’un meilleur accès aux aides, précise-t-il –, il évalue: «On dit qu’une femme doit quitter sept fois son domicile pour partir vraiment.» Parmi les éléments d’explications, le mécanisme du cycle de la violence dans le couple – au cours duquel une phase de réconciliation ou «lune de miel» succède aux phases de violence, avant que ne reprennent progressivement les violences (Voir  Pasquier, N. et al. (2020). Violence et grossesse: savoir dépister, savoir agir. Obstetrica; 1-2)(voir aussi formation continue ci-dessous).

Mais aussi, le concept de «contrôle coercitif», phénomène de mieux en mieux documenté aujourd’hui. Le contrôle coercitif est une forme de violence psychologique répétée et insidieuse, conduisant à une forte altération de la liberté de la personne, et qui accompagne la majeure partie des violences domestiques. Marc Antoine La Torre cite l’exemple récent de procès en France, «première européenne», autour de la notion de «contrôle coercitif» – un outil pertinent pour mieux comprendre la mécanique des violences domestiques aujourd’hui.

 

Pour approfondir ce thème, voici les prochaines formations continues FSSF en lien avec ces questions:

Violence domestique

Périnatalité et violences dans le couple et la famille, 24 septembre 2024, Bussigny

Violence: soutenir les parents, protéger les enfants, 5 juin 2025, Yverdon

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